LA
n°1 : Spleen
IV - Voir ici la lecture analytique
Quand
le ciel bas et lourd pèse comme un couvercle
Sur l'esprit
gémissant en proie aux longs ennuis,
Et que de l'horizon
embrassant tout le cercle
Il nous verse un jour noir plus triste
que les nuits ;
Quand la terre est changée en un cachot
humide,
Où l'Espérance, comme une chauve-souris,
S'en va
battant les murs de son aile timide
Et se cognant la tête à des
plafonds pourris ;
Quand la pluie étalant ses immenses
traînées
D'une vaste prison imite les barreaux,
Et qu'un
peuple muet d'infâmes araignées
Vient tendre ses filets au fond
de nos cerveaux,
Des cloches tout à coup sautent avec
furie
Et lancent vers le ciel un affreux hurlement,
Ainsi que
des esprits errants et sans patrie
Qui se mettent à geindre
opiniâtrement.
- Et de longs corbillards, sans tambours ni
musique,
Défilent lentement dans mon âme ; l'Espoir,
Vaincu,
pleure, et l'Angoisse atroce, despotique,
Sur mon crâne incliné
plante son drapeau noir.
Voir ici la comparaison des 4 "Spleen" de Baudelaire.
LA
n°2 : Elévation - Voir ici la lecture analytique
Au-dessus
des étangs, au-dessus des vallées,
Des montagnes, des bois, des
nuages, des mers,
Par delà le soleil, par delà les éthers,
Par
delà les confins des sphères étoilées,
Mon esprit, tu te
meus avec agilité,
Et, comme un bon nageur qui se pâme dans
l'onde,
Tu sillonnes gaiement l'immensité profonde
Avec une
indicible et mâle volupté.
Envole-toi bien loin de ces
miasmes morbides;
Va te purifier dans l'air supérieur,
Et
bois, comme une pure et divine liqueur,
Le feu clair qui remplit
les espaces limpides.
Derrière les ennuis et les vastes
chagrins
Qui chargent de leur poids l'existence brumeuse,
Heureux
celui qui peut d'une aile vigoureuse
S'élancer vers les champs
lumineux et sereins;
Celui dont les pensers, comme des
alouettes,
Vers les cieux le matin prennent un libre essor,
-
Qui plane sur la vie, et comprend sans effort
Le langage des
fleurs et des choses muettes!
LA
n°3 : L'Horloge - voir ici la lecture analytique
Horloge !
dieu sinistre, effrayant, impassible,
Dont le doigt nous menace et
nous dit : " Souviens-toi !
Les
vibrantes Douleurs dans ton cœur plein d'effroi
Se planteront
bientôt comme dans une cible ;
Le
Plaisir vaporeux fuira vers l'horizon
Ainsi qu'une sylphide au
fond de la coulisse ;
Chaque instant te dévore un morceau du
délice
A chaque homme accordé pour toute sa saison.
Trois
mille six cents fois par heure, la Seconde
Chuchote :
Souviens-toi ! - Rapide, avec sa voix
D'insecte,
Maintenant dit : Je suis Autrefois,
Et j'ai pompé ta vie
avec ma trompe immonde !
Remember !
Souviens-toi, prodigue ! Esto memor !
(Mon
gosier de métal parle toutes les langues.)
Les minutes, mortel
folâtre, sont des gangues
Qu'il ne faut pas lâcher sans en
extraire l'or !
Souviens-toi
que le Temps est un joueur avide
Qui gagne sans tricher, à tout
coup ! c'est la loi.
Le jour décroît ; la nuit
augmente, souviens-toi !
Le gouffre a toujours soif ;
la clepsydre se vide.
Tantôt
sonnera l'heure où le divin Hasard,
Où l'auguste Vertu, ton
épouse encor vierge,
Où le Repentir même (oh ! la dernière
auberge !),
Où tout te dira : Meurs, vieux lâche !
il est trop tard ! "
LA n°4 : Parfum exotique - voir ici la lecture analytique
Voir ici des peintures associées aux poèmes.